• Eduquer les enfants sans repères - Philippe Gaberan

         Le soir du 21 avril, la france est secouée dans ses méninges : le candidat Jean Marie Le Pen devance le candidat Lionel Jospin et tous les autres leaders de la gauche, verte, rouge ou rose. Jacques Chirac arrive en tête mais l'extrème droite est présente au second tour de l'éléction présidentielle. Entre les deux tours, la jeunesse de France déserte les collèges et les lycées, descend dans la rue et manifeste, sous l'oeuil penaud des adultes défaits. Les ministres, les prefets, quelques responsables d'établissements et parents aussi, craignent les incidents, la provocation et les heurts possibles avec les supporters du Front national... Malgré cela, les défilés se multiplient, et nul ne songe à empêcher la jeunesse de faire sa leçon aux plus grands.

         Claude Allègre, un temps ministre de l'éducation, et beaucoup d'autres avec lui rêvaient de réécrire une phrase de morale en haut du tableau avant de commencer le premier cour du matin; mais, dans la République en danger, la moral désormais, n'est plus enseignée par les professeurs mais criée sur la voie publique par une jeunesse révulsée.

    [...]

         Dans l'instant de la crise, les professionneles n'ont d'autres ressources que de contenir l'enfant, parfois violemment, en se tenant au plus près de son corps en rage, en maintenant les poignets fermement, et en évitant les coups de pieds le temps que s'épuise "l'animal". Alors, dans le tout contre d'un corps à corps, qui à la fois s'attire et se rejette, transpirent l'amour et la haine jusqu'à ce que l'une et l'autre s'épuisent et que l'étreinte se dessere doucement. Muet, vidé, les membres rompus, le coeur en chamade et les tripes retournées, l'éducateur se détache et de rend alors disponible pour d'autres, tandis que l'enfant, revenu à moins de violence à force de contenance, boude. pas pour longtemps ! La vie n'aime pas le vide et l'être déteste la transparence. L'enfant s'approche du groupe et des autres avec ce rien de retenue qui habite un bref instant l'être qui sait avoir mal fait. Mine de rien, sans même regarder l'enfant, l'éducateur prononce alors les quelques mots qui permettent d'être à nouveau dans une démarche d'apprivoisement.

         Parfois, l'enfant, porté et relâché, s'effondre en pleurs. Alors l'éducateur développe une autre contenance, enveloppante, affectueuse, rassurante. Il cajole, essuie les larmes, recueille des paroles de souffrance. Et les petits diables, qui, tout à l'heure, montaient les escaliers comme à l'assaut des forteresses vides, s'endorment le soir avec un pouce dans la bouche et un doudou lové contre leurs joues. Des petits diables pas plus hauts que trois pommes, tout petits dans leur corps et déjà trop grands dans leur tête marquée à l'intèrieur des cicatrices du désamour, des déchirures ou des violences parentales et des injustices liées aux attitudes d'exclusion. 

    [...]

         Fragilité de la juste distance sans cesse à reconstruire, qui fait les professionnalisme de l'éducateur sachant qu'"établir" une distance" ne veut pas dire "perdre de vue". [...]
    Car rien n'est perdu et tout redevient possible dès lors que l'adulte renonce à maintenir l'enfant dans la dette à son égard et installe le lien dans la dimension du don. Bien qu'il soit né avant l'enfant, et parce qu'il est là avant lui, l'antèriorité de l'adulte ne fonde pas pour autant son pouvoir mais signifie son devoir à l'égard des nouvelles générations, d'une façon impérative parce que véritablement éthique.

     

    Je sais c'est long... mais c'est bien hein ?


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